Alors c'est la guerre !
Cependant, en Égypte, où l'armée britannique affrontait les forces italiennes venues de Libye, les actions des commandos furent accueillies avec frustration. Leur efficacité, due à la multitude de groupes et d'unités, était limitée. Théoriquement, ils auraient dû se soutenir et se compléter, partageant les mêmes objectifs (couper les lignes de communication et de ravitaillement, détruire les dépôts de carburant et de munitions…), mais en pratique, ce ne fut pas le cas. Ils étaient en concurrence avec les unités de l'armée régulière, mais aussi, compte tenu de la pénurie d'hommes et de matériel sur tous les fronts, entre eux. Le Long Range Desert Group (LRDG), formé en 1940, reproduisit rapidement à bien des égards la Layforce (du nom de son commandant, Robert Laycock), formée en février 1941, qui fut rendue inutile cinq mois plus tard, en juillet 1941, lors de la création du Special Air Service (SAS). Il était dirigé par un jeune officier, David Stirling, dont la devise était « Qui ose gagne ».
En matière d'audace, les commandos britanniques au Moyen-Orient en avaient à revendre. Cependant, leurs opérations se soldaient rarement par un succès. La plupart étaient annulées à la dernière minute, ou se soldaient par un échec partiel ou total. L'opération Flipper, parmi tant d'autres, ne manquait pas d'ampleur : elle impliquait l'assassinat d'un officier allemand de haut rang, le général Rommel lui-même. Dans la nuit du 17 novembre 1941, vingt commandos, largués depuis deux sous-marins, attaquèrent une villa libyenne à Beda Littoria (aujourd'hui Al-Bayda), où le général était censé résider. Ils tentèrent de la faire exploser, mais découvrirent in extremis que les détonateurs et les mèches étaient humides. Lors de la retraite, les commandos furent éliminés un par un. Quant à Rommel, il n'a jamais habité la villa ; il était simplement à Rome la nuit critique, comme le découvrirent plus tard les deux soldats survivants du groupe.
Opérations Claymore et Tir à l'arcLa situation paraissait plus favorable en Scandinavie, notamment en Norvège occupée, où des commandos menèrent deux brillantes opérations. Leur cible pouvait paraître anodine : deux usines produisant de l’huile de hareng et de morue. Pourtant, contre toute attente, il s’agissait d’un produit stratégiquement important. Les Allemands l’utilisaient pour produire des vitamines A et D, ainsi que de la glycérine pour explosifs. Le 4 mars 1941, 250 commandos lancèrent une attaque contre des usines d’huile de poisson dans les îles Lofoten, un archipel au large de la côte nord-ouest de la Norvège, et remportèrent un succès retentissant sans aucune victime (opération Claymore). Cet exploit fut répété le 27 décembre 1941, sur l’île de Vaagsö, au sud-ouest (opération Archery). Bien que la défense allemande fût bien plus efficace (20 morts et 57 blessés), les Britanniques se couvrirent une fois de plus de gloire, laissant derrière eux les ruines d’une usine et 120 victimes allemandes. Au-delà de ce bilan, les opérations Claymore et Archery semèrent un sérieux doute dans l'esprit d'Hitler : qu'arriverait-il si la Norvège avait été choisie comme site d'un débarquement allié majeur en Europe ? Dès lors, la Kriegsmarine y ancra ses croiseurs, et la Wehrmacht y maintint des troupes de plus en plus importantes. En 1944, les Allemands avaient rassemblé 372 000 soldats en Norvège, prêts à défendre les plages de Normandie le 6 juin.
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Le succès de l'opération Archery fut également dû au nouveau parrain des Commandos, Lord Louis Mountbatten, qui remplaça Roger Keyes à ce poste en 1941. « Son énergie, son enthousiasme et sa détermination se répandirent rapidement, atteignant les rangs des Commandos. » Sous sa direction, les raids prirent une nouvelle dimension. Les Commandos se virent également confier une nouvelle mission prioritaire : éloigner les défenses allemandes des côtes françaises afin de préparer l'attaque alliée sur la forteresse Europa. 1942 fut l'année des raids commandos en France.
Formation de nouveaux commandosIl fallait avant tout améliorer la formation des commandos. Jusqu'alors, elle dépendait de chaque unité, qui l'organisait comme elle l'entendait. Cela a entraîné d'importantes divergences de méthodes, de nombreux malentendus et une certaine confusion. En février 1942, un centre d'entraînement unique a ouvert ses portes au château d'Achnacarry, en Écosse, à 100 kilomètres d'Inverness. Dès lors, tous les commandos, quelle que soit leur unité, ont dû s'y entraîner. Parmi eux, le commando du Français Philippe Kieffer, formé au printemps 1942, fut la seule unité française à participer au débarquement de Normandie le 6 juin 1944.
RP